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07/11/2010

La tanguera peut-elle inviter le tanguéro ?


A priori, rien n’empêche la danseuse de tango, d’inviter un partenaire de danse, à venir dîner chez elle demain soir. Non, rien ne l’empêche ! Tout comme rien ne l’empêche, d’en inviter un autre, à se serrer pour lui laisser une place assise autour de la piste, afin d’attendre confortablement, qu’il vienne l’inviter à danser. De même que cette tanguéra, lorsqu’elle sera restée depuis plus d’une heure assise confortablement au bord de la piste, rien de l’empêchera d’inviter son voisin, à soulever la fesse, qu’il vient malencontreusement d’asseoir, sur un pan de sa jupe.

Une tanguéra a tout à fait le droit de, s’ébouriffer les cheveux, ou se redessiner les lèvres, afin d’inviter le danseur de tango à la regarder. Elle peut aussi, d’un sourire ou d’un léger clignement d’oeil, inviter le tanguéro, dont-elle vient de croiser le regard, à lui répondre. Elle peut encore se positionner dans une posture invitante sur le bord de la piste. Ou passer et repasser devant le tangéro, afin d’inviter ses jambes à se dégourdir. Elle peut même inviter son voisin, celui là même qui tout à l’heure avait posé sa fesse sur le pan de sa jupe, elle peut disais-je, l’inviter à échanger quelques mots concernant la régularité avec laquelle il fréquente ce lieu. Et s’il a de la conversation, plus tard elle l’invitera, à l’écouter évoquer son niveau de danse, son nombre d’années de pratique régulière, ainsi que le nom de ses prestigieux professeurs.

Ainsi donc la tanguéra peut très bien inviter le tanguéro, (silence), à profiter de son éventail, à admirer ses escarpins, à évaluer les couples de danseurs, qui évoluent sur la piste. Oui, ça aussi elle y a droit !

Par contre ce qu’elle ne peut pas, mais là je ne vous apprends rien, elle ne peut pas inviter un tanguéro à danser un tango, pas plus qu’elle ne peut l’inviter à danser une valse ou une milonga ! En revanche, s’il est de Landerneau, elle peut l’inviter à danser une gavotte !


Pour en savoir plus : http://www.youtube.com/watch?v=JHoJlGSCu_Y&feature=related

03/02/2009

Du coté de la tanguera (2)


Debout au bord de la piste, bien ancrée sur mon axe, un sourire accroché à mes lèvres, j’attends. Depuis le début du bal, j’ai été invitée par quelques débutants et maintenant j’apprécierais de danser avec des aficionados éclairés du tango. J’ai espéré pendant la cortina, mais je les ai vu l’un après l’autre se diriger vers d’autres danseuses, tandis que je me retrouve là, seule au bord de la piste, avec mon sourire en train de se faner.


Pendant le cours, Philippe m’a affirmé trouver très agréable de danser avec moi, mais depuis il est passé dix fois sans me regarder. Je l’aperçois maintenant au milieu de la piste en train d’instruire sa cavalière, finalement j’aurai échappé à cela.


Victor s’approche. Oh non surtout pas lui ! Vite me retourner et chercher quelque chose derrière moi, trop tard il a déjà saisi ma main. Le buste mou, le ventre en avant, les yeux rivés sur la pointe de ses chaussures, il me tire dans la direction d’un huit avant, sans m’avoir indiqué de croiser, je rectifie la position, maintenant il veut me faire pivoter sur mon pied droit, tandis que je suis encore sur le gauche. Cela ne se fait pas, mais tant pis ! Je le remercie à la deuxième danse et je vais m’asseoir en attendant la prochaine cortina.


Voici Robert, mais lui, il préfère les jeunes beautés. Avec vigueur il enserre une superbe blonde, penchée vers l’arrière, elle cherche désespérément où poser ses pieds. Et Alfred ? Je n’ai dansé qu’une seule fois avec lui, mais c’était divin. Il m’a fait tourner, pivoter et virevolter. Portés par notre élan nous avons enchaîné les figures et sans réfléchir j’ai réalisé des combinaisons de pas, complètement nouvelles qui sont passées à merveille. Pourquoi ce miracle ne s’est-il pas reproduit ? Qu’est-ce que je n’ai pas ? Je sens le désespoir m’envahir.


Mais non, je dois me ressaisir, retrouver ma place et mon sourire debout au bord de la piste. Roulant des hanches, un "Aldo Macionne" vient s’enquérir de mon niveau de danse, avant de m’inviter. De mon meilleur accent argentin je lui réponds « Lo siento Señor, no entiendo lo que está diciendo». Il s’en va voir ailleurs et moi je retrouve Pierre.


Bien sûr, je voudrais enchaîner les boléos, les pasadas, les calesitas et sacadas ; les mordidas, colgadas et barridas. J’aimerais oublier mes pieds et me confondre dans l’énergie sensuelle de la danse, mais dans les bras de Pierre, je suis bien. J’y suis bien parce qu’il marche en rythme, parce qu’il est dans son cœur, parce qu’il est dans ses pieds et parce que nous sommes reliés par l’envie d’être ensemble. Au moment où le bandonéon se fait plus langoureux, lorsque nous resserrons l’abrazo et que le mouvement se ralentit, il a beau être un vrai débutant, moi je suis au paradis.


07/12/2008

Au petit bal du samedi soir.



Dès que le DJ avait mis « Love me today » sur la platine, Dédé avait foncé vers Josiane. Pour rien au monde il n’aurait voulu rater le premier slow avec elle. Cela faisait plus d’une heure qu’il attendait ce moment, en la regardant gesticuler sur des rocks, des salsas et autres musiques de sauvages.


Car pour Dédé, danser, mais danser sérieusement, c’était tenir une belle fille dans ses bras et s’agiter doucement d’un pied sur l’autre, sur des rythmes langoureux. C’était se balancer ensemble et échanger quelques phrases en prélude à un petit flirt; qui avec un peu de chance aboutirait à une nuit de plaisir, voire avec encore plus de chance, à une rencontre sérieuse. Une rencontre prometteuse de soirées tranquilles, sur un canapé confortable, en chaussons devant la télé, avec une femme à soi.


Mais pour en arriver là, il lui fallait chaque samedi soir, patienter pendant des heures au bar, un verre de bière à la main. Et bien souvent, lorsque la série de slows arrivait, il s’était mis dans un tel état, qu’à son approche les filles baissaient les yeux, ou se retournaient carrément afin d’éviter son haleine. Il ne lui restait plus alors, qu’à retourner s’en jeter une dernière, avant de rentrer chez lui, seul.


Mais ce soir là, dès qu’il avait aperçu sur la piste cette brunette pétillante, il avait fait vœu de sobriété et s’y était tenu. Lorsqu’il s’était présenté devant elle, d’un large sourire elle avait accepté l’invitation, puis elle s’était installée dans ses bras avec une aisance naturelle qui avait laissé notre Dédé tout décontenancé. De sorte que ne sachant plus quoi dire, intimidé, il s’était tu. C’est ainsi qu’elle échappa aux banalités d’usage, concernant l’endroit où elle habitait et la régularité avec laquelle elle fréquentait ce lieu.


Dédé allait se livrer à ses habituelles oscillations apathiques, lorsqu’il sentit entre ses bras l’énergie communicative d’un corps ferme et tonic. Il recevait là quelque chose d’indéfinissable mais de précieux, qu’il devait à tout prix sauvegarder. Soudain conscient de ses responsabilités, il se mit à guider la danse avec conviction. Elle le suivait légère, il avançait porté par la musique. Sans trop savoir comment, il la fit tourner en se rappelant les toupies de son enfance. Lorsqu’elle revint tout contre lui, il ressentit avec une intensité inconnue, la présence d’une femme vibrante et généreuse. Tant d’émotions, c’était une grâce, un délice. C’était le plaisir subtil de la danse en couple.


Depuis, Dédé a appris la valse, le tango, la java, le rock et la salsa. Il a renoncé à la bière et n’a plus le temps de traîner autour du bar, car chaque samedi soir, dès qu’il entre sur la piste, toutes les filles se retournent sur lui.


Mais lui, il préfère inviter Josiane.



10/11/2008

Clémentine Le Poivre est malade


Ah ça alors ! Je me suis arrachée des bras de mon amant parce que je me suis fixé pour contrainte de ne pas manquer un seul cours de tango cette année, vu que j’ai pour objectif de me présenter au concours du Latina en février prochain.

C’est mon psy qui m’a dit « Si vous voulez continuer à vivre, il faut vous fixer des objectifs, poser des actes et vous astreindre à respecter vos engagements ». Alors sur ses conseils j’ai décidé de suivre le cours de danse de Clémentine Le Poivre, à la maison des jeunes, tous les mercredi de 19h30 à 21h30.

Et il avait raison mon psy, rien ne vaut l’engagement pour se remotiver. Le lundi j’ai un atelier d’écriture, le mardi gym douce, tango le mercredi, tantra le jeudi, le vendredi je vais au café phylo, juste après ma séance chez le psy, le samedi je fais la lessive et le ménage en grand, je me fais les ongles, un brushing, un masque de beauté, je cire mes chaussures et le soir je vais au cinéma avec ma copine Brigitte. Le dimanche après « Panique au Mangin Palace » je vais déjeuner chez ma mère et ensuite je m’entraîne avec Pedro pour le concours du Latina.

Maintenant ça va, je suis parfois fatiguée mais j’en ai fini avec ma déprime chronique. D’ailleurs j’ai rencontré un amant au tantra et nous nous retrouvons de cinq à sept le mercredi et quelque fois le lundi pour les travaux pratiques.

Aujourd’hui nous étions tranquilles tous les deux, nus sur une peau de bête devant la cheminée où crépitait un feu de bois parfumé à l’encens de santal. Moi j’avais bien envie de laisser tomber Clémentine Le Poivre et son tango, mais en pleine Kundalini j’ai entendu la voix de mon psy me dire« Si vous voulez continuez à vivre, il faut... etc »

Alors je me suis rhabillée et je suis partie affronter le froid sur mon petit vélo avec mes chaussures de danse dans mon sac à dos.

J’arrive et voilà que Clémentine Le Poivre est malade.

Malade ! mon œil. Je suis certaine qu’à cette heure elle est allongée nue sur une peau de bête, près de son amant, devant la cheminée où crépite un feu de bois parfumé à … Parce que elle, elle n’a pas entendu la voix de son psy lui dire que si elle veut continuer à vivre, il faut, etc ; etc…

08/11/2008

Du coté de la tanguera


Etre là et juste là, présente et toute entière portée vers l’instant, vers le moment ou tout commence. Car c’est là que l’histoire commence, une histoire à deux qui va durer le temps d’un tango.

Nous ferons connaissance sur une salida croisée. Je me rappellerai qu’il faut écouter la musique et s’abandonner dans les bras du cavalier, mais s’abandonner avec retenue, juste le haut du corps en appui sur lui.

Il m’invitera pour un ocho avant, peut être un second et en sept, huit, refermera le pas. Je penserai à accueillir le mouvement, y opposer une légère résistance pour mieux sentir le geste, le regard toujours fixé sur lui, juste au dessous du sien.

Il enchaînera sur un ocho arrière. Je garderai nos lignes d’épaules en parallèle, la jambe arrière toujours tendue.

Pour reprendre de l’air nous marcherons quelques pas. Ne pas oublier de reculer, d’abord le pied ensuite le corps, le mouvement part de la hanche, la semelle glisse sans décoller du sol.

Sur un tour à droite nous commencerons à vraiment nous comprendre. Ramener les chevilles l’une contre l’autre après chaque pas, les genoux bien serrés.

Il me maintiendra à distance après un tour à gauche qu’il bloquera retenant mon pied entre les siens dans un sanguchito. Surtout garder le centre de gravité toujours entre les deux pieds, les épaules relâchées.

Alors, lentement, ramenant ma jambe contre la sienne sur un bandonéon langoureux, j’oserai rencontrer son regard. C’est à ce moment qu’il m’attirera contre sa poitrine et l’instant d’après sur un mouvement inverse sec et rapide, j’exécuterai un gancho comme une ruade de plaisir. Attention ! S’abandonner, mais rester concentrée.

Ma main glissera vers sa nuque pour un abrazo front contre front. Et là, scellés l’un contre l’autre nous accélérons au rythme de la musique. S’abandonner, mais avec retenue.

Portés par notre élan nous enchaînerons les figures, en oubliant leur noms, sans penser aux consignes. Mon bras glissera sur son épaule et sa main sur mon dos afin de libérer ou resserrer l’étreinte de nos bustes, tantôt face à face, tantôt l’un contre l’autre et tout à coup émus d’une telle proximité. J’aurai les yeux ouverts pour sentir sa puissance et je les fermerai pour mieux le voir de près. Dans un jeu de fioritures et de séduction, nos jambes se frôleront, nos pieds s’éviteront.

Je m’écarterai, il me rejoindra. Il s’éloignera, je me rapprocherai. Je le repousserai, il m’attirera. Il mettra la distance, je le retrouverai.

De boléo en pasada, de calesita en sacada, en mordida, colgada et barrida nous oserons être, lui l’homme et moi la femme. Sensuellement homme et femme, portés par la musique.

Femme et homme sans idée de machisme. Je vais où il me conduit, il me conduit où je peux aller. J’écoute où il propose de m’emmener, il m’amène là où je veux être.

Une marche subtile, une écoute mutuelle, oser prendre des risques. Une émotion, un peu plus, le désir, le plaisir.

Quand le rythme de la musique annoncera la fin de la danse, dans un ultime geste nous serons là et juste là, présents, portés vers l’instant, vers le moment où le mouvement se tait. Car le tango est un dialogue sans paroles où pourtant tout se dit.

Dameleine, le 20 novembre 2007