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30/01/2010

Bruits de bottes


J’attends derrière ma porte.

J’entends qu’ils se rapprochent.

Passeront-ils sans s’arrêter ?

Ils ne sont pas encore passés.

Ils se rapprochent, ils ralentissent.

Ils se sont arrêtés.

Non ils repartent ! Ils reviennent !

Et ils s’arrêtent encore !


Puis les coups frappés à la porte.

Non, ce n’est pas la mienne !

Pas cette fois, pas encore.


Et pour ne pas entendre, je me réfugie au fond de mon lit.

Loin sous les couvertures, l’oreiller sur la tête.

Les doigts dans les oreilles, je n’entends plus.

Je n’entends plus que les battements de mon coeur.

Il bat, il bat très fort, mais il bat.


Combien de temps battra-t-il encore, lorsque les pas se seront arrêtés devant ma porte ?

Lorsque les coups m’auront frappée ?

Une autre fois, la prochaine, la suivante ou jamais.

Je sais pas, je ne sais pas encore, je ne sais plus pourquoi.


Qu’est-ce qui me vaudrait que les pas s’arrêtent devant ma porte ?

Qu’est-ce qui me vaudrait que les coups pleuvent sur moi ?

Qu’ai-je fait ?

Que n’ai-je pas fait ?

Ou qu’aurais-je du faire ?

Je ne sais pas.


Personne ne le sait.

Personne ne le saura, même pas celui qui frappera.

Surtout pas lui !

Mais il frappera, car il vaut mieux être celui qui donne les coups, que celui qui les reçoit.


Je retire les doigts de mes oreilles, je sors de ma tanière.

Je me redresse, je n’entends plus rien.

Tout est calme.

Les battements de mon cœur se sont ralentis.

On tire une chasse d’eau, un chat miaule, un bruit de casserole.

L’immeuble reprend peu à peu le cours de sa vie.


Que s’est-il passé ?

Je n’ai rien entendu.



25/12/2009

Marilyne


Le buste droit, les épaules en arrière,

Marilyne avance, de sa démarche altière.

Elle ondule de la nuque aux épaules, de la poitrine au ventre

Et l’onde se propage des hanches jusqu’aux jambes.

Ses longues jambes qui n’en finissent pas

D’atteindre le sol où elle pose son pas.


Parcourant le podium

Elle va féline et fière

Devant tout un parterre

D’initiés de la mode.


Elle porte sur sa tête toute l’Afrique et le souvenir d’Hawa.

Hawa petite fille, le long du fleuve Niger.

Qui va, cruche remplie dans les pas de sa mère.

Qui maniant le pilon, vibre et ondule au rythme de la conga.


Il est des fleurs qui poussent le long du fleuve Niger

Pour éclore dans les vases des salons d’occident.

Hawa est une de ses fleurs qui passa la frontière

Un jour ou le Mali ne savait plus nourrir ses enfants.


Et voguait la galère

De Gao à Paris

Déjà féline et fière

Hawa mordait la vie.


Balayant, récurant, dans les arrières salles et dans l’ombre des cours

Elle se fit invisible, évitant les contrôles, sans papiers, sans recours.

Et puis un jour, un jour d’été, un jour d’Afrique et d’épaules bronzées

Sans crainte, sans se cacher, elle s’en vint faire un tour sur les Champs-Élysées.


Le buste droit, les épaules en arrière,

Hawa avançait, de sa démarche altière.

Tandis que l’œil du photographe l’avait repérée,

Ondulante et pleine de toute son africanité.


Les photos sont sorties et Hawa a gagné

Le nom de Marilyne inscrit sur ses papiers.



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