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19/10/2013

La soixante-cinquième position du Kamasoutra



Elle lui avait gentiment demandé d’enlever ses bottes, car elle venait juste de changer les draps. Il s’exécuta, et prenant appui sur son talon, il envoya valdinguer sa chaussure qui fit chavirer la lampe sur son passage. Elle se dit que cet homme manquait peut-être d’élégance, et commença à se demander si elle avait bien fait de lui ouvrir sa porte.

C’était un soir de décembre, lorsqu’il avait sonné pour lui proposer le calendrier des Postes, elle l’avait invité à prendre un verre, puis deux, puis sa main, son bras, ses seins, sa bouche. Ensuite elle l’avait dirigé vers sa chambre et là, il s’était jeté sur le lit sans ôter, ni sa casquette de facteur, ni sa sacoche, ni même ses bottes. Et c’est ainsi qu’ils s’étaient tous les deux retrouvés sur lit, avec les calendriers autour et les bottes sur les draps propres.

Cependant, elle savait qu’il ne fallait pas réfléchir trop longtemps, que si elle pensait trop, elle n’en aurait plus envie. Quoi qu’il en soit, folâtrer sur un lit, même avec des bottes sur les draps propres et des calendriers des Postes dans les côtes, c’était bien meilleur pour le moral et la santé, que de passer cette longue veillée d’hiver à s’ennuyer devant la télé, seule comme tous les soirs.

Alors elle lui enleva sa casquette au logo, la sacoche et les calendriers, ainsi que l’autre botte. Puis elle lui retira sa veste bleue bordée de jaune, sa chemise, son pantalon et son slip à gousset. Il ne lui restait plus que le marcel, les chaussettes et la gourmette. Une belle gourmette en argent, avec son nom gravé. Elle sut alors qu’il s’appelait Didier.

Elle commença à l’étriller, le mordre et le sucer. Tandis qu’elle lui léchait les doigts l’un après l’autre, elle découvrit en glissant son regard sous la plaque de la gourmette, qu’il était né le 24 septembre 1968. A son tour, il essaya de lui retirait sa guêpière, mais avec ses grosses mains de facteur, qui sa tournée terminée, passe ses après-midi à bricoler sa moto, il semblait quelque peu maladroit dans l’exercice de déboutonnage. Dans sa hâte d’être contre lui, elle se déboutonna aussi pour s’éjecter de son corset, et se retrouver toute nue à l’air libre.

Quand elle a envie de se faire plaisir, elle se trouve un homme. N’importe lequel ? Non, pas tout à fait ! Mais bon ! Il lui en faut un ! Alors, elle ne cherche pas trop longtemps, pourvu qu’il soit souriant et vigoureux. Pourvu qu’il ait de la conversation et pas trop d’embonpoint. Quand elle l’a trouvé, elle fait comme s’il était parfait, elle ne regarde que ce qu’il a de bon, et surtout, elle ne s’attarde pas sur des détails, comme les bottes, les calendriers ou les grosses mains de bricoleurs.

Un jour qu’elle avait invité le coiffeur de la rue Didot, elle fut prise tout à coup d’un haut-le-coeur en découvrant ses bagouzes. Une grosse chevalière au petit doigt gauche et un énorme scarabée au majeur droit. Soudain, elle ne pouvait plus ! Elle ne voyait que ça : des gros doigts de coiffeur embagousé. Des mains blanches et luisantes, lavées et relavées. Des mains vulgaires et flasques comme de la gélatine. Envahie de dégoût, elle n’arrivait plus à trouver son plaisir.

Lui, il ne comprit pas pourquoi, la minute d’après, ils se retrouva en slip sur le paillasson, avec ses vêtements dans les bras. Elle, outre qu’elle avait dû ensuite se chercher un nouveau coiffeur, elle avait passé le reste de la soirée à zapper de chaîne en chaîne, afin de trouver un programme qui apaiserait ses nausées.

C’est à partir de ce soir là qu’elle décida d’adopter ce qu’elle appelait « la posture de bienveillance », qui venait s’ajouter aux soixante-quatre positions du Kamasoutra qu’elle connaissait déjà.

26/10/2009

La panne


Au milieu du Champ de Mars, Romain est assis en méditation, connecté avec la Tour Eifel, en quête de sa puissance perdue.


C’est arrivé cette nuit. A bientôt cinquante deux ans, jamais cela ne lui était arrivé, jamais ! Il ne comprend pas ! Pourtant des filles, il en a connu, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Il les a toutes aimées, toutes ! Il les a respectées, désinhibées et révélées. Il n’a pas été l’image de la fidélité, mais jamais, ô grand jamais, l’une d’elle n’a mis en doute ses qualités d’amant ! Il n’avait pas besoin de leur demander si elles étaient heureuses, c’était une évidence.


Hier soir il était avec Clara. Cela faisait bientôt deux mois qu’il l’avait repérée. Ça se passait chez lui. Il avait tout prévu, un dîner léger, un bain chaud. Clara avait fait son numéro de déshabillage érotique, puis ils avaient dansé nus sur « Only you ». C’est sa spécialité à lui, de danser nu sur les Platters avant de faire l’amour, aucune fille n’y résiste. Mais voilà, hier soir, au moment de passer à l’acte, rien ! La panne !


Faut dire que dans l’après midi, au rayon fromages du Monoprix de la rue Didot, il était tombé sur Barbara, la mère de ses enfants. Après quoi, il était passé aux boissons et il s’était pris un pack de quatre bières, il lui fallait bien ça ! Deux pour lui, une pour Clara et l’autre parce qu’elles sont vendues par quatre. Dès qu’il a été chez lui, il a décapsulé la première. C’était trop bon et Clara se faisait attendre, il a pris la deuxième. Clara a préféré une eau gazeuse, alors il a bu la troisième. Ce qu’est devenue la quatrième, il ne sait plus.


Et puis, il y avait l’image de Barbara qui surgissait à chaque instant. Tandis que Clara dégrafait son soutien-gorge afin de libérer une poitrine généreuse, lui il pensant aux petits seins de Barbara, avec leurs tétons pointés vers le ciel. Et quand il lui a mordillé l’oreille au moment de « For it's true, you are my destiny. » c’était pour Barbara qui aimait tant ça. Après, quand il s’est allongé sur elle, lui murmurant « ô Barbara ! ma douce Barbara ! Viens Barbara ! », Clara lui a demandé si s’agissait d’une chanson des Platters. C’est à ce moment là que tout s’est enrayé. C’était fini !


Clara lui a dit gentiment « c’est pas grave, ça arrive à tous les mecs », n’empêche qu’elle s’est rhabillée et elle est partie. Ce matin il s’est réveillé avec la gueule de bois. Faut dire qu’après le départ de Clara, il est descendu chez l’arabe, qui était juste en train de fermer et il a repris un autre pack de bière. Ce matin, après un café très fort, il s’est fait quelques sites pornos et s’est repassé toutes les photos de Barbara. Toujours rien !


Alors il a fait la tournée des phallus de Paris. Il a commencé par la colonne de la Bastille, mais le génie, levant la patte sur les passants, pour mieux exhiber ses attributs, c’était une provocation ! Ensuite, il a filé à Nation. Là, il est arrivé trop tard, les colonnes du trône venaient d’être démontées, on lui a dit de revenir fin 2010. Napoléon sur la colonne Vendôme, ça ne l’a pas fait bander du tout et celles de Buren lui ont rappelé l’armée. Autour de l’obélisque de la Concorde, il y avait trop de bruit pour qu’il puisse se concentrer.


Il est bientôt 21 heures, la nuit est maintenant tombée et la Tour Eiffel a revêtu son habit de lumière. Dans sa posture méditative, Romain sent venir le retour de sa virilité. Il est juste 21 heures, la Tour Eiffel scintille de ses vingt mille flashs. Entre les jambes de Romain une colonne entame sa renaissance !


Allo Clara ? C’est Romain. Je t’attends sur le Champ de Mars. Viens vite, j’ai une surprise pour toi !


A consulter en cas de panne :

La Tour Eiffel :

http://www.onlineradio.fr/wp-content/uploads/2009/03/la-tour-eiffel-au-couleurs-de-l-europe_2.jpg

Le Génie de la Bastille :

http://marais.evous.fr/Le-Genie-de-la-Bastille.html

Only you :

http://www.youtube.com/watch?v=9r2pEdc1_lI

Et surtout Barbara :

http://www.youtube.com/watch?v=BHqAllSQ_eM&feature=related