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09/10/2011

Sortir le chien

Comme tous les soirs à la même heure, je suis en train de faire le tour du pâté de maisons, accrochée au bout de la laisse, tirée par le chien. Comme tous les soirs, il renifle les coins de trottoir, le bas des murs et le pied des arbres. De temps à autre il lève la patte, puis il reprend sa marche débile, la queue en l’air. Il a le même allure idiote qu’ont tous les chiens, lorsqu’ils trottinent en nous offrant le spectacle affligeant de leur derrière, se tortillant au rythme de leur déambulation.

Puis, à force de mouvements, vient le moment ou il s’immobilise dans cette posture sidérante de vulgarité : il s’aplatit le derrière au sol, prend l’air de celui qu’il ne faut pas déranger, tant ce qu’il a à faire est important. Puis il se relève, renifle sa production et repart, dirigeant ses pas vers un sac poubelle suspendu à son support, à une longueur de laisse de là.

Moi, en apnée, la main enveloppée d’un sac plastique prévu à cet effet, je saisis la matière encore fumante ; puis je retourne le sac et enferme le tout, pendant que cet idiot de chien attend debout, en appui sur le support de poubelle, que je vienne y déposer son œuvre. L’opération terminée, comme rassuré, il repart tout guilleret, la queue toujours en l’air, vers la rue suivante.

Si nous croisons une femelle de son espèce, traînant dernière elle, un ahuri de mon acabit, en train de faire le tour du pâté de maisons dans l’autre sens, ils s’excitent et nous nous embrouillons dans les laisses. Pendant que les deux autres se poupounent la truffe et se flairent le trou de balle, l’ahuri me raconte la dernière portée qu’il a fallu chloroformer, à cause que sa belle était allée fauter avec un bâtard, le jour où le mécanisme de l’enrouleur s’étant enrayé, il avait dû la libérer de ses attaches. Il n’est donc pas question, que mon roturier de ienche aille forniquer avec l’aristo et lui polluer sa race ! Nous atteignons les sommets de l’absurde !

Repue d’aventures canines et vespérales, je rejoins mes quartiers, après avoir convaincu le manant, que l’autre n’était qu’une pimbêche. Et pour le remercier de tant d’obéissance je le détache. Au lieu de profiter de sa liberté, pour aller voir ailleurs, cet imbécile s’empresse d’aller m’attendre devant la porte de l’immeuble. Assis sur son derrière, il me regarde venir avec un air de soumission qui le rend si pathétique, que je ne peux m’empêcher d’avoir pitié de lui.

Qu’est que je fais avec ce chien ? C’est ce que je me demande tous les jours, depuis que les croquettes ont investi ma cuisine, depuis que je ressors du canapé couverte de poils, depuis qu’une odeur de fauve a envahi tout l’appartement. Depuis qu’amoureuse de son maître, je les ai accueillis tous les deux sous mon toit.


06/03/2011

La guêpière

« Une guêpière » s’exclame soudain Fred « Oui une guêpière, c’est ça, c’est exactement ça ! C’est exactement ce que je cherche » ajoute-t-il tout existé, à l’adresse de la vendeuse qui essaye depuis dix bonnes minutes de comprendre ce qu’il désire réellement. Elle lui a déjà présenté dans différents coloris, plusieurs ensembles, avec shorty ou tanga, soutien gorge avec ou sans armatures, ampliformes ou non, mais jusque là, rien ne semble l’enthousiasmer. Il faut dire que c’est une mission quasi impossible qu’il s’est donné là.

Ce n’est pas la première fois qu’il offre une pièce de lingerie à Isa. A chaque fois elle reçoit le cadeau avec une joie polie, puis elle le range dans le tiroir de sa commode, sans jamais l’en ressortir. Quand c’était la mode des culottes brésiliennes, elle en avait reçu toute une collection pour son anniversaire. Elle en avait essayé une au hasard et s’était regardée dans la glace sur toutes les faces. Lui, il avait adoré son mouvement, lorsqu’elle se cambrait pour se regarder de dos. C’était juste après la naissance de leur fille, elle avait dit « je vais attendre d’avoir retrouvé mon ventre plat » et elle avait remis ses culottes en coton « petit bateau ».

Après il y eu la mode des soutien gorges « wonderbra », qui faisaient tant rêver Fred. C’est ce qu’il lui offrit un jour de fête des mères où ils étaient invités chez des amis. Pour lui faire plaisir, elle l’avait mis sous un petit haut à bretelles et Fred avait gardé pendant tout le repas, les yeux rivés sur la poitrine de sa femme assise en face de lui. Mais le soir en dégrafant le wonderbra, dans un soupir Isa avait dit « oh ! comme ça fait du bien de se libérer de cette maudite armure » et le lendemain elle avait remis sa brassier Dim, cent pour cent coton.

A l’époque où les strings sont arrivés, il a encore essayé, mais elle restait invariablement affublée de ses horribles culottes, déclarant d’un ton officiel « La culotte en coton est une garantie de santé ! » et elle ajoutait entre deux éclats de rires « rien de mieux que des fesses bien à l’aise dans une culotte propre et nette, pour conserver le sexe vigoureux ! ». Il faut dire que, quand l’envie de faire l’amour les prenait, Fred n’avait que juste le temps d’apercevoir les sous vêtements d’Isa, tellement elle était prompte à les ôter. Et comme cela se reproduisait souvent, il ne se plaignait pas.

Pourtant il se souvient encore du jour où aux Galeries Lafayette, il l’avait entraînée dans les cabines d’essayage du rayon lingerie. Elle avait passé, l’un après l’autre, tous les modèles de la collection de l’année. Lui, il était là, assis dans un fauteuil en osier, la regardant avec bonheur, s’habiller et se déshabiller, se tourner et se retourner devant le miroir. Elle prenait des poses, jouait des rôles, il buvait ses rires, elle était belle, il était heureux. Puis, dans le désordre de la cabine ils avaient fait l’amour et étaient repartis sans rien acheter, laissant la vendeuse indignée de tant d’indécence.

Maintenant il est là tout émoustillé, les yeux braqué sur l’affiche accrochée au mur de la boutique, présentant son Isa toute souriante, dans un corps parfait, gainé du dernier modèle en dentelle noir de chez « Rosy ». « Une guêpière, c’est ça ! » rajoute-t-il encore une fois pendant que la vendeuse s’enquiert de la taille de la dame. « La taille ? » répète-t-il derrière elle, tandis que sous ses yeux, le sourire d’Isa se transforme en grimaces de souffrances et que la jolie gaine Rosy se transforme en armure. « La taille ? » répète-t-il une seconde fois, perdant peu à peu toute son énergie. « Je vais me renseigner » dit-il en se dirigeant d’un pas fatigué vers la porte, sous le regard interloqué de la vendeuse.

Deux enseignes plus loin, il pousse la porte de l’agence de voyage. Cette année Isa sera heureuse, car à l’occasion de la Saint Valentin, elle recevra le cadeau d’un séjour naturiste, quelque part au soleil et le tiroir à lingerie de sa commode ne s’en plaindra pas.


28/06/2010

L’amour du pouvoir et le pouvoir de l’amour


Il y a ceux qui ont l’amour du pouvoir et ceux qui ont le pouvoir de l’amour, mais lui il a les deux.


Quand il plonge ses yeux dans les miens en déclarant qu’il n’aime que moi, quand je sens son cœur vibrer d’émotion tout contre le mien, comment pourrais-je en douter ? Quand le lendemain il disparaît au milieu d’une phrase, quand le surlendemain et les jours d’après il n’est pas réapparu et que soudain il là finissant son propos, comme s’il ne m’avait pas quittée une seconde, l’amertume s’efface, car déjà il me prend la main pour m’emmener vers des palais où il se métamorphose en prince, où je suis sa princesse, où l’on nous congratule, l’on nous honore, l’on nous photographie et je reste éblouie. Puis il passe par des larmes remplies d’humilité, par des rires éclatants d’authenticité, par des serments aux accents de sincérité, avant de laisser éclater sa colère, parce qu’une ombre légère a voilé son reflet, parce la chute d’une plume a troublé son écoute. Et moi, je reste là consternée, impuissante.

Mais quand il m’aime comme il est capable d’aimer, c’est plus que tout ce qui peut être imaginé, c’est sans limite. Il y a de ces jours où tout ce qui peut être dit est dit, où tout ce qui peut être fait est fait.

Il y aussi les lendemains tout est dédit avec la même conviction et tout est défait avec la même force, parce qu’il est ainsi.


Mais ce matin, je suis fatiguée !



21/06/2010

Autant pour lui, au temps pour elle.


La journée commençait bien, Paul était plongé dans un rêve érotique matinal, avec Stéphanie de la dircom, celle qui fait fantasmer tous les gars du bureau, cette grande blonde athlétique avec ses longues jambes qui n’en finissent pas de s’échapper sous sa mini jupe. Tandis qu’elle lui glougloutait le poireau, lui lubrifiait le piston et lui scalpait le mohican de sa bouche pulpeuse, à l’autre bout Sophie lui roulait une large pelle et de sa langue fine et vigoureuse, elle tricotait avec la sienne, pour lui astiquer le palais et lui dégourdir les papilles. C’est à ce moment là que dans la rue, l’avertisseur de recul de la laveuse de trottoirs s’est mis en route, laissant notre Paul sur green, comme une balle de golf qui aurait fini sa course juste au bord de son trou.


Quand la laveuse de trottoirs est repartie en avant, pour disparaître dans la rue Didot, Paul a essayé de se rendormir avec la ferme intention de retrouver son rêve. Mais c’était trop tard, il était bel et bien réveillé ! Alors tout émoustillé, il s’est retourné vers Sophie qui dormait profondément près de lui. Il a commencé doucement à promener ses mains sur les seins et le ventre de sa compagne, qui s’est mise à ronronner sans vouloir se réveiller complètement. Puis il s’est lentement glissé sous les draps, pour aller lui faire un kiss-minou, avant de lui sucer la friandise et de lui chatouiller le bijou. Sophie ronronnait toujours en frétillant du popotin.


Et puis n’y tenant plus, à l’heure où les boulangers sortent les derniers bâtards, lui il a enfourné sa baguette. C’était plus que chaud, c’était brûlant. C’était comme s’il avait mis son petit diable dans l’enfer et il n’avait pu se retenir bien longtemps, laissant Sophie sur le bord de la route.

- Autant pour moi, s’excusa-t-il tout de suite.

- Au temps pour toi ? tiens donc ! s’étonna-t-elle, et bien voyons cela !

Sophie dirigeait déjà sa main vers le sexe de Paul, afin d’en vérifier la vigueur et constater que celui-ci était de devenu comme un petit oiseau tombé de son nid.

- Mais enfin, qu’est que tu veux Sophie ? Je reconnais que je suis allé trop vite et je m’en suis excusé, autant pour moi !

- Oui mais au temps pour toi, ajouta-t-elle d’un air ironique, cela signifie que tu prétends recommencer !


Et là voilà partie dans la signification étymologique de cette expression. La seule, la vrai, celle donnée par l’académie française ! Celle qui tire son origine du langage militaire « au temps » utilisée pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début. Puis cette formule aurait glissé vers le sens figuré actuel : ainsi prononce-t-on cette locution pour admettre une erreur, en signifiant que l’on va reconsidérer la question. Tandis que le « autant pour moi », la forme elliptique de « c’est autant d’erreur que l’on peut mettre à mon actif » ne se justifie en rien du point de vue de l’académie. Une autre théorie postule que la graphie « au temps pour moi » serait en réalité une forme pédantesque de « autant pour moi » tandis que celle des origines militaires de l’expression ne serait qu’une légende…


Paul n’écoutait plus, il n’aimait pas quand Sophie se mettait à jouer la maîtresse d’école. Et maintenant, autant pour elle que pour lui, il serait bien retourné, sans tracasseries étymologiques, lui titiller le boulingrin et lui bouloter le mille feuilles. Mais tant qu’elle était occupée à l’étage supérieur à se masturber l’intellect, ce n’était pas la peine de tenter une descente à la cave.


17/11/2009

Le sexe des fées.


Ils ont tous les deux passé la cinquantaine, cela fait trente ans qu’ils vivent ensemble. Bien sûr, ils n’envisagent plus de se quitter, il font maintenant partie l’un de l’autre, même si ce n’est pas tous les jours fête.

Elle, elle aimerait tant qu’il prenne des initiatives. C’est toujours elle qui fait tout : les courses, le suivi des enfants, l’embauche d’une femme de ménage et la recherche d’un plombier. C’est elle qui organise les vacances, invite les amis, prévoit les dîners et commande chez le traiteur. C’est encore elle qui décide de leurs sorties, retient les places au théâtre et choisit les films. Elle ne se plaint pas, il est toujours d’accord. Pourtant, comme elle apprécierait d’être surprise ! Qu’il lui offre des fleurs en dehors de son anniversaire, qu’il lui annonce un soir, que le lendemain ils partent faire une croisière sur le Nil, qu’il la prenne sauvagement sur le bord de l’évier, qu’ils explorent ensemble toutes les positions du Kamasoutra, …

Lui, il désirerait au moins une fois, une toute petite fois, passer tout un week-end tranquille devant sa télé. Qu’elle sorte sans lui ! Qu’il ne soit pas tenu à ces soirées interminables où l’on parle de tout et de rien. Il ne se plaint pas, elle est parfaite. Elle sait tout faire, elle a un avis sur tout, elle est intelligente et pleine de vie. Pourtant, comme elle le fatigue ! Et comme il apprécierait une vie simple ! Il rêve d’une femme qu’il pourrait surprendre, à qui il apprendrait tout. Une femme qui l’écouterait avec admiration. Une jeune femme fraîche et douce, avec un corps ferme, un visage juvénile, …

Hier soir, sortant d’une représentation de « Madame Butterfly », ils étaient tellement émus par le spectacle auquel ils venaient d’assister, que d’un commun accord, ils ont distribué cinquante euros à quelques SDF couchés sur les marches de l’Opéra. Quelques mètres plus loin, une fée les attendait près de leur voiture. Le geste généreux de ce si gentil couple l’avait touchée et pour les remercier, elle leur proposait de formuler un souhait chacun. La bonne fée leur laissait un temps de réflexion, mais lorsqu’ils auraient émis leur vœu, celui-ci serait exaucé dès le lendemain.

Rentrés à la maison, elle s’est remise à ranger encore et encore, les quelques objets qui traînaient par ci par là, puis elle a consulté les messages et programmé la cafetière, tandis que fatigué par tant d’énergie, il est allé se coucher sans mot dire. En se démaquillant, elle a demandé une grande maison pour mieux accueillir leurs amis, leurs enfants et plus tard leurs petits enfants. Et lui, en la regardant se dévêtir, il a formulé le souhait d’une femme qui aurait trente ans de moins que lui.

Ce matin elle se réveille dans le magnifique lit « New Design » dont elle rêvait. Dans la nuit, leur trois pièces du second étage sur la rue Didot, s’est transformé en un splendide duplex au sommet de l’immeuble, avec terrasse arborée, jacuzzi et une superbe vue sur Paris.

Lorsque réveillé par les exclamations de son épouse, il pose un pied à terre, il se sent un peu plus rouillé que d’habitude et sa sciatique s’est aggravée. Balayant du regard le nouveau décor de leur chambre, il tombe sur son reflet dans le miroir de l’armoire « New Design ». Soudain un horrible cri résonne dans l’appartement.

Ce cri glacial parvient jusqu’à la terrasse où elle est déjà en train de dresser la table du petit déjeuner. Inquiète, elle se précipite vers la chambre pour découvrir, horrifiée, assis sur le lit, un vieillard de quatre-vingts ans qui ressemble à son mari.

Messieurs, n’oubliez jamais que les fées sont aussi des femmes !



11/02/2009

Pratiques douces pour meurtre sans coupable.


- Et pour les souris qu’est-ce qu’on fait ?

- Mais rien mon chéri. Tu sais bien que les souris sont les prédateurs des araignées, les araignées des mouches, et cetera. Il ne faut pas interrompre la chaîne trophique.

- Oh ! Ce n’est pas un petit coup de chimie qui va déséquilibrer l’écosystème.

- Mon chéri, si les souris te gênent, tu peux utiliser un répulsif biologique. Cela les écartera de la maison sans les supprimer, tout en préservant la biodiversité.

- Moi, il y a une souris très particulière, qui hante toutes mes nuits et j’aimerais bien trouver un poison, biologique ou pas, pour m’en débarrasser.

- Qu’est-ce que tu dis Chéri ?

- Rien Harriet, je réfléchissais juste à la façon dont je pourrais éliminer la souris qui m’empêche de dormir.

- Mais mon chéri, quelle souris ? Tous les soirs tu tombes de sommeil et je suis obligée de te secouer, afin que tu t’occupes un peu de moi avant de t’endormir.

- C’est exactement ce que je disais.

- Mon chéri, tu parles toujours entre tes dents et je ne comprends pas ce que tu dis. Si tu as un problème, tu devrais consulter le docteur Paterson, il pratique une médecine douce. Il a prescrit à Mrs Roberts, une préparation à base d’algues séchées, additionnées de secrétions hormonales de vipères. Depuis qu’elle en prend tous les soirs, elle se porte comme un charme. Ses hallucinations ont presque disparu.

- Oui, en effet, et il parait que depuis, elle passe son temps à dire du mal de tout le monde. Sir Roberts, d’habitude si flegmatique, est au bord de la crise de nerf.

- Mais pas du tout mon chéri ! Où es-tu allé chercher cela ? Nous prenons le thé ensemble tous les jours et je t’assure qu’elle et moi, nous avons des conversations fort intéressantes, tandis que Sir Roberts est à sa sieste.

- Certainement, je vous fais confiance, vous êtes excellentes pour retailler les costumes, tandis que Sir Roberts en profite pour filer à l’anglaise et me rejoindre au pub.

- Qu’est-ce que tu dis mon chéri ?

- Rien, je me parlais à moi-même.

- Le docteur Paterson soigne aussi ce genre de mal, avec des décoctions de fleurs d’orties cueillies au printemps et macérées dans des essences de boutons de jasmins. Cela donne également de très bons résultats pour les douleurs articulaires.

- Et pour toi ma femme, chère bénéficiaire d’une confortable rente sur titres de la United Standart Oil Ltd, afin que je puisse en toute quiétude, trinquer au pub avec Sir Roberts et jouir en paix des atouts de la jeune et belle Grace, je prescris très fort : une pommade à base de bave de truie en rut, prélevée pendant le premier décan du signe de la vierge et mélangée à celle d’un crapaud sénile, au troisième décan du scorpion. Un onguent composé de poudre d’os de corbeau, additionnée de sérum de sang de loup, extrait par une nuit de pleine lune. Un élixir de venin de punaise agrémenté de quelques poils de rats émasculés.

Il en était à imaginer une gelée de pétales de roses trémières, dégénérées pas la canicule, mixée avec la salive d’une chauve-souris enragée des Carpates, lorsqu’il remarqua qu’il régnait un silence inhabituel autour de lui. Puis se retournant, il découvrit Harriet gisant sur le carreau, les yeux révulsés et la bouche écumante. Son pouls ne battait plus.

Il arrive parfois, qu’à force de la désirer, la chose que l’on attendait, finit par arriver.

04/02/2009

Strip-tease dans la pénombre


A la lueur du réverbère de la rue, son corps se détache en ombre chinoise dans l’encadrement de la fenêtre. Alors qu’il me croit endormie dans la pénombre de la chambre, allongée sur le ventre, je le regarde ôter ses vêtements par-dessous mon bras.


Il s’est d’abord assis sur le rebord du lit pour délacer ses chaussures, puis il s’est relevé et de profil, penché vers l’avant, les fesses légèrement en arrière, je le devine de la pointe de son pied droit, extraire le talon gauche de son soulier, qui ainsi propulsé, s’en va finir sa course au bout de la pièce, tandis que l’instant d’après, l’autre s’envole dans le sens opposé. Ensuite, croisant ses avant bras, il saisit dans un même geste, le bas de son pull et celui du tee-shirt. D’un mouvement rapide, il retourne l’ensemble pour l’extraire par dessus sa tête et dans l’élan, il lâche sa dépouille qui s’en va choir au hasard sur la moquette. Puis il reste un instant debout immobile, comme pour me laisser le temps d’admirer le triangle, que la ligne de ses épaules forme avec ses côtes, avant de rejoindre sa taille pour se fermer sur le nombril, que je devine dans le noir.


Je ne sais pas exactement s’il me fait face ou s’il m’offre son dos, mais moi je profite de ses contours : la masse de ses cheveux bouclés se détachant floconneuse au dessus de son buste en triangle et au dessous ses hanches, moulées dans le jean, pour quelques instants encore. Mais quelques instants seulement, car déjà j’entends le clic de la boucle de son ceinturon et le zip de la fermeture, tandis qu’un frisson me parcourt l’échine. Ses bras de chaque coté se détachent dans l’ombre, comme les anses d’une amphore, pour faire glisser en même temps le caleçon avec le pantalon. Il s’assoit à nouveau sur le rebord du lit, ne me laissant à voir que son dos. J’imagine la suite et je peux deviner le jean ouvert aplati au sol avec le caleçon encastré au milieu et les chaussettes, l’une ici, l’autre là.


Dans un basculement de son grand corps souple, il me rejoint sous la couette. Et là, pour vérifier la profondeur de mon sommeil, il commence à me caresser, la nuque, les épaules, le dos, la cambrure des reins, puis les fesses. Moi, pour mieux en profiter, je feins de dormir, jusqu’à ce que je le sente prêt à renoncer. Alors, dans un long soupir d’encouragement, je me retourne pour lui offrir, mon visage, ma gorge, ma poitrine, mon ventre, mes cuisses ouvertes et je m’étire sous ses caresses en ronronnant, comme une chatte sortant du sommeil.



03/01/2009

Vicissitudes de la vie conjugale


Au moment où ils avaient décidé de vivre ensemble, elle lui avait dit « avec toi, je crois que j’aurai moins peur de vieillir » et puis plus bas elle avait ajouté, « mais qu’est-ce qu’on va se faire chier ». N’ayant pas entendu la fin de la phrase, il lui avait demandé de répéter. Elle avait répondu, que le bébé avait eu une sacrée bonne idée de s’annoncer, sans qu’ils l’attendent et ils avaient refait l’amour. En ces temps là, ils faisaient souvent l’amour.


Ce soir, elle est devant la télé quand il rentre. Sans lever les yeux vers lui, elle s’excuse de ne pas l’avoir attendu pour dîner, puis elle rajoute, que son assiette est prête dans le micro-onde, comme tous les soirs. Mais là, il va se coucher sans manger et quand elle est vient le rejoindre, il lui lance « Tu avais raison, qu’est-ce qu’on se fait chier ». N’ayant pas très bien entendu la fin de la phrase, elle lui demande de répéter. Il répond qu’il regrette lui aussi, de ne pouvoir rentrer plus tôt, afin de dîner avec elle. Puis, dans un même mouvement, ils se retournent tous les deux, car il est l’heure de dormir. En ces temps ci, ils est souvent l’heure de dormir.


Deux minutes plus tard il ronfle, tandis qu’elle refait le bilan de leurs trente ans de vie commune. Ils ont deux beaux enfants, un superbe appartement et une maison de campagne confortable. Ils ont beaucoup de connaissances, parmi lesquels ils comptent quelques amis. Ils ont voyagé dans le monde entier, assisté aux meilleurs spectacles, vu tous les bons films et visité toutes les expositions recommandées par Télérama.


Maintenant leurs enfants se débrouillent seuls. Sur le plan professionnel, ils ont tous les deux atteint leur seuil d’incompétence (1) et attendent la retraite en payant annuellement, dix huit milles euros d’IRPP et ISF.


Oui c’est vrai, elle s’est souvent « fait chier » ! Et pour vaincre sa peur de vieillir, elle dépense sans compter, en crèmes affermissantes, anti-rides et visites chez son esthéticienne. Dans une salle de sport elle re-sculpte son corps, au cours de séances qui la laissent épuisée.


Elle s’endort à son tour, bercée par la pensée que demain, de cinq à sept, comme tous les jeudis, dans la chambre neuf, de l’hôtel des voyageurs, au numéro onze de la rue Didot, elle retrouvera les douces mains de Luis, glissant lentement de son pubis vers son ventre et ses seins. Les mains de Luis, volubiles autour de ses pointes dressées, légères sur sa gorge, enveloppantes autour de ses épaules. Les mains chaudes de Luis, s’immisçant sous ses omoplates, pour redescendre doucement, caresser son dos, souligner sa cambrure et contenir ses fesses. Après un court silence, repartant en arrière pour rejoindre sa taille, les mains souples de Luis, se laisseront guidées par ses lignes de hanches, pour atteindre sensuelles, les plis de l’aine et l’intérieur velouté de ses cuisses ouvertes. Flânant alors, dans cette zone humide, les doigts experts de Luis se feront désirer au bord de sa vulve offerte.



Ainsi, oubliant ses rides et ses affaissements, elle retrouvera sa jeunesse.


Merci à Ilan Duran Cohen, pour la dernière phrase de son film « Le plaisir de chanter » qui m’a inspiré cette histoire.

(1) Principe de Peter


19/12/2008

Dis-moi comment tu dis je t’aime.


Elle - Chéri, tu m’aimes ?

Lui - Oui

Elle - Alors dis le moi !

Lui - Je te le dis.

Elle - Pas comme ça !

Lui - Je t’aime.

Elle - Pourquoi tu ne me le dis jamais ?

Lui - Parce que je t’aime.

Elle - Tu m’aimes et tu ne me le dis-tu pas ?

Lui - Bien sûr, c’est une évidence, je n’ai pas besoin de te le dire ?

Elle - Mais moi j’ai besoin de l’entendre.

Lui - Alors, tu n’as pas confiance en moi.

Elle - Ah bon ! Et pourquoi ?

Lui - De savoir que je t’aime ne te suffit pas, il faut que je te le dise et te le redise, pour que tu en sois convaincue.

Elle - Ce n’est pas d’être convaincue dont j’ai besoin. Je le sais que tu m’aimes, mais je veux juste que tu me le dises pour me rassurer.

Lui - C’est pareil, tu veux être rassurée parce que tu as peur que je ne sois pas digne de ta confiance. Donc tu n’as pas confiance.

Elle - Mais non, ce n’est pas par rapport à toi, que j’ai besoin d’être rassurée. C’est par rapport aux autres. Si tu me dis que tu m’aimes, c’est un peu comme si tu me disais que les autres m’aiment. Et cela me renforce.

Lui - Mais moi je n’en sais rien, si les autres t’aiment !

Elle - Tu crois que les autres ne m’aiment pas ?

Lui - J’ai pas dis ça. Je t’ai seulement dit, que ce n’est pas à moi de te dire si les autres t’aiment.

Elle - Oui mais je sens que tu crois que les autre m’aiment, et comme tu m’aimes, tu devrais me le dire, puisque tu sais que cela me ferait du bien.

Lui - Mais moi je ne veux pas te raconter des histoires. Je ne dis que ce dont je suis certain.

Elle - Et tu n’en es pas certain ?

Lui - Mais pourquoi as-tu besoin que les autres t’aiment ? Moi c’est sûr je t’aime et ça devrait te suffire.

Elle - Mais ne te fâche pas !

Lui - Je ne me fâche pas, mais tu m’ennuies avec tes « je t’aime ».

Elle - Pour moi, c’est comme une musique qui fait du bien, ça réchauffe. Voilà pourquoi j’en ai besoin.

Lui - Et bien moi je préfère les gestes.

Elle - Ca n’a rien à voir. L’un n’empêche pas l’autre.

Lui - Alors fais moi un geste qui me fasse du bien et qui me réchauffe. J’en ai besoin.

Elle - Hum !

Lui - Encore !

Elle - Huuummm !

Lui - Encore plus fort !

Elle - Huuuuuuuuummmm !

Lui - Oh oui !

Elle - Huuuuuuuuuuuuummmmm !

Lui - On va au lit ?

Elle - J’ai pas le temps, j’ai rendez-vous chez Fournier dans dix minutes.


18/12/2008

Bérénice et les Municipales


Acte III - scène I


Bérénice regarde la télé, allongée de coté sur le canapé. Elle est vêtue d’une longue tunique blanche dont l’échancrure du décolleté a glissé laissant voir son épaule nue. Titus entre, revenant de la cuisine une cannette de bière à la main. L’air soucieux, il s’assoit et observe sa compagne qui, nonchalamment allongée à la romaine, ressemble à un personnage tout droit sorti d’un péplum. Se sentant observée Bérénice lève les yeux et remarque l’inquiétude de Titus.


Bérénice -

Qu’est-ce donc que ce trouble dans lequel je te vois

Et quel est ce souci qui te met en émoi ?

Que puis-je dire ou faire qui pourrait adoucir

Ce qui là te tourmente et te fait tant souffrir ?


Titus -

Du vote municipal, j’attends le résultat

Et ce soir l’un de nous, satisfait ne sera

Sans suivre mes conseils, tu as choisi la gauche

Cette bande d’incapables, cette équipe de fantoches.


Bérénice -

Tes idées et les miennes peuvent bien diverger

Mais tu n’as pas le droit d’ainsi les insulter

Fantoche ne convient pas pour l’équipe sortante.

Son bilan était bon, elle était méritante.


Titus -

En effet dans Paris, on ne peut circuler.

Même les voies sur berges, ils veulent nous les spolier.

Paris ville lumière a perdu tout son charme

Depuis que ces bobos y font tout ce vacarme.


Bérénice -

Mon Titus bien-aimé, arrête ton moteur.

Renonce à ta voiture, si tu veux être à l’heure

Loue toi donc un vélib, fais quelques pas à pieds.

Tu respireras mieux, tu seras moins stressé.


Titus -

Laisse là ces bêtises, j’ai d’autres ambitions,

Je vais me présenter aux prochaines élections.

J’ai besoin d’une compagne sérieuse à mes cotés

Et pas d’une écolo en train de pédaler.


Bérénice -

Voyons enfin Titus comment me parle tu ?

Il a toujours été entre nous convenu

Que nous sommes tous deux, libres de faire nos choix

Notre amour doit rester au dessus de cela.


Titus -

Je t’aime c’est entendu, mais je suis raisonnable,

Te quitter est pour moi chose insupportable.

Et je vais te laisser à tes idéalistes,

Puisque tu ne veux pas être plus réaliste.


Bérénice -

Et bien vas-t’en Titus, sauver le CAC quarante

Vas t’en parlementer cette cause importante,

Moi je préfère la vie, pour sauver la planète.

Je vais continuer ma route en bicyclette.


Mars 2008




25/11/2008

Une crise peut en cacher une autre


Je dormais déjà quand Roméo est entré dans la chambre et je ne l’ai pas entendu se déshabiller. Mais lorsqu’il s’est glissé dans le lit avec précautions, son odeur et la chaleur qu’il dégageait m’ont réveillée. Espérant ses caresses, je suis venue me blottir contre lui, c’est alors qu’il s’est retourné brusquement me laissant seule avec mon désir. Après quelques hésitations à penser qu’il ne s’agissait là que d’un jeu propre à aiguiser mon appétit, je suis revenue me blottir dans son dos.
- Demain je dois être très tôt à la banque, je crois qu’il est temps de dormir maintenant, me dit-il en me repoussant
- Mais demain c’est samedi ! Allez viens, j’ai envie de te remettre l’indice à la hausse.
- Tu dois être consciente que nous traversons une grave crise, il n’y a pas de samedi qui tienne, aujourd’hui le CAC 40 a chuté de quinze points.
- J’ai l’impression qu’il n’y a pas que lui.

Heureusement, pendant le week-end le président a dégainé le discours qui sauve et le lundi les cotations sont remontées de cinq points. Ce soir là, seule dans mon lit j’ai guetté le retour de mon trader d’époux en spéculant sur son indice d’action à remplir ses obligations en matière conjugale. J’étais en train d’élaborer un plan « polissonne », lorsque j’ai entendu tourner sa clé dans la serrure. A peine m’avait-il rejointe dans le lit que j’étais déjà sur lui pour constater qu’il avait regagné de l’intérêt pour moi. Cinq minutes c’était peu mais c’était déjà ça.

Le lendemain les valeurs sont restées stables, Roméo aussi. Hélas ! Le mercredi ce fut à nouveau l’effondrement dans les bourses et Roméo qui avait lui aussi la cote en baisse n’a pas réussi à me donner le change.

Ce soir en cherchant le sommeil, je me demande s’il ne serait pas temps pour moi d’aller placer mon petit capital ailleurs, car en ce moment le Roméo est vraiment trop fluctuant.